BeIN sport : pour quelques abonnés de Canal+

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Il suffit de visionner le spot publicitaire mettant en avant la nouvelle chaîne 100% sport pour mesurer l’ampleur du phénomène. On y voit le football, comme d’autres sports par la suite, aux mains de la chaîne qatarie : Euro, Ligue 1, Europa League, Liga, Champions League sont tombés dans les filets de beIN sport. Un coup dur pour sa principale rivale, Canal+.

Dans une interview accordée le 4 juin 2012 au journal Libération, Rodolphe Belmer, patron de Canal +, faisait déjà part de ses craintes face à l’arrivée de ce nouveau concurrent, avouant que son faisait même une « analyse d’inquiétude ». Car depuis son lancement début juin, la chaîne qatarie accumule les nouvelles acquisitions à grands renforts de millions. La Ligue 1, jusque là exclusivité de Canal+, reviendra finalement à BeIN Sport pour 90 millions d’euros par an jusqu’en 2016. La Ligue des Champions, jusque là chasse gardée de ses concurrentes, lui revient pour la somme de 61 millions d’euros par an, le double de ce que le groupe Canal+ versait. En regardant de plus près la grille de diffusion, on s’aperçoit que huit des dix matchs de Ligue 1, tous les matchs de Ligue des Champions sauf un, l’essentiel de la Liga espagnole sont pour BeIN Sport. Canal+ conserve néanmoins les droits sur la Premier League anglaise.

Au delà des championnats majeurs du football, tous les sports ou presque, « détenus » jusque là par Canal+, sont tombés dans l’escadrille de BeIN Sport. Dernier hold-up en date, les droits de retransmission de la NBA, la ligue américaine de basket, pour près de 5 millions d’euros par an, selon L’Équipe. Les habitués de nuits blanches et de la voix du plus français des Américains George Eddy devront s’abonner à la chaîne qatarie pour assister aux exploits des Celtics ou de Tony Parker.

Le commentateur sportif s’est dit aussi attristé que les fans après cette perte : « C’est un très gros coup dur pour moi et Canal+ », a confié George Eddy au Parisien.fr. « Cela fait 28 ans que je fais vivre la passion pour le basket US en France, malheureusement cela n’a pas pesé lourd dans les négociations », regrette-t-il.

Si George Eddy n’a pas cédé aux sirènes qataries et leur inépuisable carnet de chèques, d’autres animateurs vedettes n’ont pas hésité à délaisser la chaîne cryptée pour la chaîne dorée. Charles Biétry, directeur de BeIN Sport et ancien patron des sports de Canal+ (de 1984 à 1988), s’est mué en chasseur de têtes pendant le mercato médiatique ; et n’a pas hésité à provoquer une hémorragie chez son ancien employeur. Infosport+ et Sport+, filiales de Canal, ont dû laisser partir Florent Houzot (ex-directeur général) et à Thomas Villechaize. D’autres figures emblématiques, très appréciés des abonnés de Canal+, ont également fuit vers BeIN Sport. À commencer par le plus british d’entre eux, Darren Tulett. Celui qui assure ne pas avoir « abandonné Canal+ du jour au lendemain » est un avertissement envoyé par le Qatari Nasser Al-Khelaïfi et sa chaîne à Canal : bientôt ils voudront acquérir les droit de la ligue de football anglaise.

Le groupe de Bertrand Méheut apprécie tellement de voir ses journalistes partir qu’il en a saisi la justice. La chaîne conteste notamment le droit à son ancien employé Christophe Josse de commenter des matches pour sa rivale qatarie. Charles Biétry a expliqué au Nouvel Obs que des huissiers envoyés par le groupe Canal avaient fouillé son bureau. « Canal+ a été débouté et l’affaire a été pliée en notre faveur » explique-t-il. « En vérité, ça ne nous a pas troublés plus que ça. (…) Dans cette affaire, Canal+ n’aura empêché personne de travailler, elle aura surtout donné du travail… à ses avocats ».

De quoi satisfaire la jeune chaîne dont la suprématie semble inéluctable depuis qu’elle a annoncé avoir franchi la barre symbolique du million d’abonnés en novembre.

Si la chaîne a fait cette annonce en grande pompe, c’est parce qu’elle espère rogner un peu plus le noyau dur des abonnés de Canal+ mais aussi et surtout par besoin financier. Journaliste spécialisé des médias au Point, Emmanuel Beretta explique les sommes faramineuses dépensées par l’ambitieuse chaîne sportive. « Sans compter la NBA, BeIN Sport a jusqu’ici dépensé 360 millions d’euros en achats de droits : 90 millions d’euros sur la Ligue 1, 80 millions sur le pay-per-view de la Ligue 1, 61 millions d’euros sur la Ligue des champions, 16 millions d’euros sur l’Europa League, 20 millions d’euros sur la Liga, 10 millions d’euros sur la Série A (italienne) et la Bundesliga (allemande), 60 millions d’euros sur la Coupe d’Europe de football, 8 millions d’euros sur les Jeux olympiques de Londres et environ 15 millions d’euros de droits divers ». Un équilibre compliqué donc.

Des coûts exorbitants qui nécessiteront plusieurs millions d’abonnés supplémentaires afin d’assurer leur pérennité. Car le portefeuille de Nasser Al-Khelaïfi n’est pas sans fond. Canal+, qui doit financer d’autres supports (cinéma, séries, talks…), affirme ne pas craindre pour ses abonnements. « On ne pense pas perdre d’abonnés. On va continuer à se développer sans être handicapé par cette concurrence » expliquait Rodolphe Belmer en juin. Malgré une perte de « 840 000 abonnés en France métropolitaine depuis 5 ans », Canal+ conserve une large majorité de ses fidèles. Ce que n’a pas encore BeIN Sport. Les spécialistes des médias, comme la direction de la chaîne qatarie, s’accordent à dire que, pour atteindre un équilibre financier, il faudra convaincre 4 millions de Français, au moins.

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