France Télévisions face à l’ère du « téléspect-acteur »*

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Près des trois quarts des téléspectateurs font autre chose sur un second écran pendant la diffusion de leur émission. Et 50% des personnes utilisent leur smartphone ou leur ordinateur, selon des études réalisées par M6 et Google. Les chaînes n’ont pas attendu longtemps pour démultiplier l’interactivité de leurs programmes sur Internet, et France Télévisions est bien décidée à rattraper son retard.

« On ne peut pas être déclassé par rapport aux pratiques et aux usages » avait expliqué le patron de France Télévisions Rémy Pflimlin en novembre 2011. Et les résultats sont là. Alors qu’elle vient de fêter ses un an, la plate-forme France TV info s’est peu à peu affirmée comme le fer de lance de cette nouvelle politique du groupe autour d’Internet. Immédiatement lancée sur le net, mais aussi sur tablettes et téléphones, France TV info innove totalement puisque le groupe n’avait jusque là pas osé lancer une véritable « service public de l’information sur le Web ».  Le flux d’informations en continue est préféré au mode classique des sites de news présents à ce moment ce qui a fait dire à Bruno Patino, patron du numérique chez France Télé, dans le journal Libération, que « France TV Info, c’est du temps réel tout le temps ». Près d’un an plus tard, les premiers résultats sont plus que satisfaisants. Une diffusion qui prend de l’ampleur avec plus de 18 000 abonnés sur Twitter, 81 000 fans sur Facebook et un joli succès du site et des ses applications pour mobile et tablettes.

Le live du site multiplie les supports pour couvrir l’actualité.

Mais plus encore que le support, c’est l’échange que France Télévisions place au cœur de sa vision de la télévision « enrichie ». On le retrouve au niveau politique avec le suivi de l’émission politique phare de France 2, « des paroles et des actes », qui recevait il y a quelques semaines Jean-Marc Ayrault. Forte de son succès pendant la campagne électorale, la chaîne a décidé de reconduire le principe pour au moins deux émissions. Plus que sur le plateau, le débat se déroulait sur Internet avec le lancement d’un principe novateur : le fact-checking en direct. Le site va par exemple expliquer comment le Premier ministre « s’arrangeait avec les chiffres ». Via le site d’info du groupe, et grâce au hashtag #dpda sur Twitter, les téléspectateurs étaient invités à se munir de leur smartphone ou de leur ordinateur pour commenter le direct. Le site Trendybuzz a mesuré la portée de l’émission et plus que les 3 millions de téléspectateurs et 12,8% de part d’audience, il apparaît qu’Internet fourmille de réactions reprises et traitées par France Télévisions. Cette nouvelle conception de l’échange permet au téléspectateur de réagir plus vite, d’élargir les horizons du débat et de retrouver un goût pour les émissions politiques.

Autre chaîne, autre public, « Faut pas rater ça », qui a démarré sur France 4 il y a peu, a tout naturellement choisi Internet comme pierre angulaire. Placée en access-prime-time, la quotidienne présentée par Florian Gazan est présentée comme « le premier talk-show contributif et interactif, 100% social TV, qui parle et se nourrit des réseaux sociaux ».

Dès les premières émissions, un souci majeur se fait sentir : le fossé temporel entre Internet et télévision. Le téléspectateur passe une heure à voir ce qu’il a « raté » sur Internet dans la journée. Seulement voilà, ce qui appartient au net se transpose difficilement dans le téléviseur. Leçons de rires forcés pour masquer une évidence : Internet est une activité « solitaire », le collectif peut rarement s’en emparer sans gêne. De plus, malgré certains chroniqueurs très intéressants, comme Emery Doligé, on se voit mal supporter 15 minutes d’explications sur le phénomène Gangnam Style, aussi drôle soit-il. Invité de la première émission, Elie Semoun a résumé en une phrase le paradoxe de l’émission : «  Il y a des gens très intelligents pour expliquer des trucs très bêtes ». Le site Ecrans.fr de Libération sera même très dur à l’égard de l’émission, et les audiences ne seront malheureusement pas au rendez-vous.

S’il faut donner le temps à Florian Gazan d’aménager son émission, celle-ci devrait souffrir d’une question récurrente : quel est son but ? Permettre d’interagir avec le téléspectateur, de lui donner la parole ? Là encore, le filtre télévisuel de la bienséance fait défaut. Quand l’émission donne la « parole » aux téléspectateurs, il ne s’agit que de compliments abusant de « !!!!!!!!! », « mdr » et autre « lol ». Le temps de la critique assumée à la télévision n’est pas arrivé.

Difficile donc de voir ce principe original s’imposer sur France 4, chaîne souvent décriée et peinant à trouver son public. France 5 n’est pas non plus en reste sur le terrain du numérique. Le « vinvinteur », du blogueur Vinvin fait découvrir le monde du Web aux téléspectateurs. Mais, grande innovation, il s’agit d’une émission participative et « transmédia » : les internautes peuvent prendre part à l’écriture des épisodes et même choisir les costumes des protagonistes. On le voit, le service public n’a pas lésiné sur les innovations numériques pour impliquer le téléspectateur mais surtout attirer un nouveau public et le fidéliser. Reste à savoir si ce dernier suivra.

Voir : Le Vinvinteur n°6 – Stars et réseaux sociaux

Il s’agit bien d’un pas de géant, mais le groupe ne compte pas s’arrêter là. Bruno Patino, dans Le Monde daté du dimanche 30 septembre, a expliqué qu’il comptait bien « mettre l’accent sur les trois axes majeurs que sont la Social Tv, la télé connectée et les écritures numériques ». Ce n’est pas un hasard si France Télévisions a lancé un groupe de dix personnes chargées de développer l’écriture numérique pour « enrichir » au mieux les interactions entre les écrans.

* « téléspect-acteur » est un terme employé par David Carzon, responsable du pôle web chez Arte.

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