Transparence journalistique : et pourquoi pas ?

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Les journalistes, profession haïe des Français, et de Google.

Les journalistes, profession haïe des Français, et de Google.

63% des Français estiment que les médias ne sont pas indépendants, aucun média n’est jugé fiable à plus de 50% (hormis la télévision)… Plus besoin de présenter ces chiffres, ils inquiètent la profession depuis des années. Regagner la confiance des lecteurs est devenue indispensable à la survie du journalisme.

Transparence. Depuis l’affaire Cahuzac, l’opinion publique et les médias ont soif de ce mot. Et si la politique tente de l’appliquer, pourquoi pas le journalisme ? On parle tout de même là du « quatrième pouvoir », du « thermomètre de la démocratie. » Edwy Plenel réclame et proclame le Droit de Savoir. En matière de journalisme, tout est là : le lecteur a le droit de savoir.

Concrètement, l’idée serait de lancer un mouvement multimédia autour de la profession de journaliste. Ce qui m’intéresse ici, c’est le travail même du journaliste, les chemins qu’il emprunte pour arriver à destination sans déraper, sans écarts de conduite. Beaucoup de journalistes ont déjà entrepris de « révéler » leur enquête, mais dans des livres uniquement. Fabrice Arfi dans L’Affaire Cahuzac, en bloc et en détail : il y raconte étape par étape plus de six mois d’enquête. Plus récemment, les journalistes du Monde Fabrice l’Homme et Gérard Davet l’ont fait dans French Corruption. Dans le Prologue comme dans de nombreuses interviews, ils ont anticipé les critiques en expliquant leur démarche et leurs doutes. Il s’agirait ici d’aller plus loin, avec un site totalement dédié à ces histoires. L’AFP le fait avec AFP Making Of, il faut aller plus loin. On lirait le récit de journalistes (après publication de l’article) exposant leur quotidien, leurs coups de téléphones, leurs rencontres avec des témoins, leurs doutes, leurs fausses pistes… On pourrait également instaurer une « boîte noire » en bas de chaque article en ligne, où l’auteur de l’article expliquerait le chemin qu’il a choisi, sa façon de conduire son enquête, avec ou sans raccourci, avec ou sans sorties de piste. Il y raconterait son travail, tout simplement. Les journalistes ont adopté une fâcheuse tendance à livrer au public un papier écrit, réécrit, relu, corrigé (pas tout le temps), enrichi… Il faut voir la matière brute de son travail, il faut emmener le lecteur avec soi sur le terrain. Bien sûr, je ne limite pas ici mon raisonnement aux articles d’investigation. Il serait tout aussi intéressant de voir comment un des journalistes de BFMTV ou d’iTélé, médias vivement critiqués, travaillent entre deux duplex. On pourrait même décliner ce format à la télé, dans de courtes émissions hebdomadaires, où le journaliste pourrait alors être à la fois visible et transparent.

Cette transparence serait également synonyme d’exigence renouvelée pour le journaliste. Ce dernier, sachant ses méthodes de travail décortiquées, sera d’autant plus attentif à la rigueur que requière sa profession. En rendant lisible sa démarche, le journaliste tire son métier vers le haut. Et si lui-même l’a fait, alors peut-être que ses collègues le feront.

Bien sûr, une question se pose : comment garantir une transparence journalistique tout en protégeant ses sources ? Ces deux notions ne sont pas antagonistes. En effet, l’anonymat n’est pas remis en cause, seuls les circonstances de l’interview et le « portrait-robot » de la source seront mis en avant afin d’affirmer sa crédibilité. Le récit d’une enquête, aussi longue soit-elle, peut se faire sans trahir ce sacrosaint principe.

Ce projet paraîtra idéaliste et peut-être même insignifiant pour beaucoup. Mais je vais retourner en Licence de Lettres Modernes quelques instants et faire référence à Beckett : « Se donner du mal pour les petites choses, c’est parvenir aux grandes, avec le temps. » Alors pourquoi pas ?

Comme on dit, « je pose ça là… »

PS : Pour réaliser ce court papier, je me suis basé sur les baromètres annuels de confiance dans les médias de TNS Sofres, différents livres tels que Le Droit de Savoir et French Corruption, et plusieurs articles en lignes, ainsi qu’une note du think tank Institut Confiance datée du 2 janvier 2013. Et bien sûr sur mes réflexions personnelles d’étudiant en journalisme.

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Une réflexion sur “Transparence journalistique : et pourquoi pas ?

  1. Ana

    En fait, tu veux une télé-réalité du journalisme c’est ça ? ^^ Secrets (des sources) Story quoi ! Ambitieux Mnlv 😉

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