Journalistes, n’ayons pas peur d’avoir Tor

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L'oignon est bon pour la santé des journalistes.

L’oignon est bon pour la santé des journalistes.

Bien connu des hackers et des professionnels de la cryptographie, Tor s’impose comme une arme contre l’espionnage numérique. Et s’il héberge le pire du web, il pourrait devenir le meilleur ami des journalistes.

Il y a quelques semaines, le Time Magazine faisait sa Une sur la partie immergée de l’iceberg Internet : le deep web. « Where Drugs, Porn and Murder Live Online » sous-titrait le magazine. Pourtant, ce monde obscur a vu le jour grâce à l’armée américaine en 1996, avec le travail de l’U.S. naval Research Laboratory. Et pour y accéder, un outil : Tor. Ce projet open-source, qui voit le jour sept ans plus tard, est une structure parallèle à Internet, permettant d’y avoir accès de façon anonyme et sécurisée. Son principe ? Un système de chiffrement par couches successives des données envoyées. Succès immédiat.

La couverture du Time Magazine

La couverture du Time Magazine

Mais depuis, Tor, livré en open-source, a dépassé son créateur, devenu incapable de gérer ce qu’il a lui-même engendré. Étrange paradoxe : les Départements Américains d’Etat et celui de la Défense le financent à plus de 50%. Pire encore pour le gouvernement américain : lors des révélations d’Edward Snowden sur l’espionnage massif qu’a mis en place la NSA (les services secrets américains), un powerpoint de l’Agence titrait « Tor Stinks » (« Tor craint »). Elle reconnaît ne pas pouvoir « désanonymiser » tous les utilisateurs « tout le temps. » Même la NSA serait donc incapable de s’attaquer à l’anonymat qu’offre Tor.

« Tor craint »

« Tor craint » avoue la NSA.

Vous prendrez bien un peu d’oignon ? 

On ne compte plus le nombre de hackers ou d’opposants muselés qui se réfugient sur Tor pour continuer leur combat. Car il s’agit bien là d’un outil numérique considérable pour qui veut agir tout en se protégeant de Big Brother. Et les journalistes y gagneraient énormément. Pourtant, beaucoup restent sceptiques, comme en avril dernier dans le magazine Marianne. Le journaliste Amaury Mestre de Laroque décrivait alors de deep web et Tor comme les nouvelles armes des criminels à l’échelle planétaire. Rappelons tout de même que Tor a reçu le prix du logiciel libre en 2010. Piotr Chmielnicki, spécialiste de la sécurité de l’information et des systèmes informatiques, regrette que ce logiciel ne soit pas plus utilisé dans la profession. « Il est évident que les journalistes sont des cibles prioritaires de surveillance, explique-t-il, et le fait qu’un État soit démocratique ne change rien. » Car la France a également du mal à cacher ses grandes oreilles, comme l’explique l’enquête du Monde sur la DGSE (la Direction générale de la sécurité extérieure).

Comment la DGSE nous espionne

Comment la DGSE nous espionne (Source : Le Monde)

Il est donc urgent de se prémunir contre les velléités de l’État. Et Tor est là pour ça. « C’est un outil indispensable qui a tout pour plaire, il est robuste, puissant et facile à utiliser », n’hésite pas à dire Piotr Chmielnicki. Par exemple, un journaliste qui enquête dans un pays au régime peu conciliant pourra contacter sa rédaction sans risque. Mieux encore, il pourra se protéger lui-même et ses sources et masquant leurs échanges et leur localisation. [Pour télécharger Tor c’est ici, et pour voir un tutoriel de base et peu esthétique, c’est par ]

Bien sûr, Tor ne suffit pas à lui seul pour disparaître des radars. Afin d’obtenir une sécurisation optimale de ses données numériques. Il est donc nécessaire, en complément, de se procurer Truecrypt, outil de protection de données, et GnuPG (connu aussi sous le nom de GPG), outil de cryptographie asymétrique, utilisé notamment pour le chiffrement de document et la signature des mails.

Une législation à la traîne

À titre de comparaison, même les prestigieux Wall Street Journal et New Yorker ont mis en place leur « boîte à scoop » sécurisée grâce au réseau Tor. Toute source peut ainsi envoyer ses informations sans craindre pour son anonymat. En France, le retard est palpable. Le site de l’Observatoire des médias Acrimed dénonce régulièrement les lacunes de la loi en matière de protection des journalistes et de leurs sources. Lors des Assises du journalisme qui se sont tenues à Metz début novembre, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti a expliqué à la profession que le projet de loi tant attendu serait examiné en janvier. Elle a également promis d’éradiquer le délit de recel et d’améliorer la protection des données personnelles. D’ailleurs, lors de ces mêmes Assises, plusieurs conférences étaient dédiées à la protection des données des journalistes. En attendant, et en espérant, il serait utile de diffuser Tor au maximum dans les rédactions.

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