Mes retrouvailles ratées avec Ron Burgundy

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Je l’attendais, je l’espérais, mais mes retrouvailles avec la moustache la plus célèbre de la comédie américaine ne sont pas passées comme prévues.

Certains surveillaient le pied du sapin avec anxiété le mois dernier. De mon côté, je lorgnais sur le cinéma AMC Showplace de Bloomington, Indiana, ville étudiante des États-Unis où je passais les fêtes de fin d’année. La raison était simple : Anchorman 2, la suite de l’une des meilleures comédies jamais produites Outre-Atlantique. Petite précision importante, Anchorman 2 est sorti le 18 décembre aux États-Unis et sortira en France… le 18 juin 2014. Cet écart considérable (et honteux il faut le dire) voulu par la Paramount explique en grande parti mon empressement à le voir directement aux Etats-Unis.

En 2004, Anchorman (Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy pour le titre français) nous narrait l’histoire de la star d’une télé locale de San Diego dans les années 1970, interprété par Will Ferrell, l’un des gars les plus drôle sur cette Terre. Entouré de son équipe (Steve Carell, Paul Rudd et David Koechner), ce journaliste va devoir faire face à un danger qu’il ne soupçonnait pas : l’arrivée d’une femme à la présentation du journal. Il est aujourd’hui difficile de trouver le DVD de ce film en France (je n’ose pas décrire le visage interloqué des vendeurs FNAC à qui je l’ai demandé), comme nombre de comédies américaines.

Le film, au fil des années, est devenu culte : citations, gifs, mèmes… Les internets se passionnent depuis 10 ans pour cette équipe de bras cassés. Le « That escalade quickly » est un des exemples les plus frappants de cette viralité.

(Pardonnez par ailleurs la qualité de la vidéo suivante)

Dans une récente interview télé, les acteurs s’émerveillent encore des l’écho que trouve Anchorman parmi les spectateurs. Steve Carell raconte même que lors d’un tournoi de tennis à Wimbledon, un spectateur, l’apercevant, a crié « Loud Noises » en plein match. 

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Même Kanye West a repris une citation de Ron Burgundy, dont il est fan, dans Back Like That Remix : « I don’t know how to put this, but I’m kind of a big deal. »

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Alors quand est apparu cette vidéo sur Internet…

Les fans, et moi le premier, se sont enflammés. Et depuis un an et la sortie de ce premier teaser, la Paramount a mis les moyens dans le films, et plus précisément sur la campagne de promotion. Un article de Adweek résume parfaitement la viralité assumée du film. Alors que le réalisateur du film Adam McKay ignorait ce qu’était un GIF, le site officiel du film en déborde. Musique eighties, GIFs, mèmes, sounboard des répliques (pas encore mais bientôt) cultes du second film, un jeu pour se faire une moustache, une application pour iPhone, un « mug of infinity »… et évidemment un Tumblr accompagné d’un « mème generator » pour recréer vous même vos passages favoris du film. anchormanmovie.com est une petite révolution dans la promotion des films. Un concours mondial proposait même aux internautes de réaliser des reportages pour, peut être, participer à la première mondiale à New-York.

(Au passage, la réalisation d’un Français pour le concours, je vous laisse juge)

« Les réseaux sociaux ont permis à Anchorman de continuer à vivre. Et ça nous fait penser que nous pouvons vraiment capitaliser sur ce côté zeitgeist (« air du temps ») », a expliqué le vice-président du marketing interactif de Paramount.

Paramount, aidée de la société Zemoga, joue donc cette fois au gold digger, s’appropriant les mécanismes du filon creusé par les fans de ce film sur Internet, à coup de mème et de GIFs.

Ron Burgundy fait un tour à vélo avec les Daft Punk à Amsterdam lors des MTV Europe Music Awards. Rien à voir évidemment, mais la photo a fait le tour des Internets quatre fois. la vidéo est ici : http://pitchfork.com/news/52957-heres-ron-burgundy-riding-a-tandem-bicycle-in-amsterdam-with-daft-punk/

Ron Burgundy fait un tour à vélo avec les Daft Punk à Amsterdam lors des MTV Europe Music Awards. Rien à voir évidemment, mais la photo a fait le tour des Internets quatre fois. la vidéo est ici : http://pitchfork.com/news/52957-heres-ron-burgundy-riding-a-tandem-bicycle-in-amsterdam-with-daft-punk/

Quoi de mieux qu’un journaliste pour faire sa promo dans les médias ?

La campagne média et marketing pour Anchorman 2 va bien plus loin. La moustache du présentateur télé est apparue un nombre incalculable de fois à la télévision ou dans les centres commerciaux. Will Ferrell, déguisé en Ron Burgundy, a même co-présenté le journal d’une chaîne locale en décembre, chez KXMB à Bismarck, dans le Dakota du Nord… Paramount se souciait peu des quelques dizaines de milliers de spectateurs de KXMB, ce qui l’intéressait, c’était la reprise en ligne sur Youtube. Clics assurés. Vous pouvez même le voir régulièrement dans une série de publicités plutôt amusantes pour la marque Dodge. Incroyable de voir le décalage avec l’Hexagone : ici, le film passera sûrement inaperçu. Car mal distribué mais surtout en raison d’une mentalité complètement différente en « humour à l’américaine » et « humour à la française », si cela existe toujours.

En couverture de ESPN, un magazine pourtant consacré au sport.

En couverture de ESPN, un magazine pourtant consacré au sport.

La biographie de 220 pages.

La biographie de 220 pages.

Une bonne promo sans promo Ben&Jerry's n'est pas une bonne promo, c'est évident.

Une bonne promo sans promo Ben&Jerry’s n’est pas une bonne promo, c’est évident.

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Là-bas, des critiquent se lâchent : « C’est la comédie de l’année ». Alors, pour faire autant de pub, c’est que la came doit être bonne, forcément, non ? Une fois dans la salle de cinéma, après d’interminables bandes-annonces (dont une particulièrement ridicule pour le film Frankenstein), le film démarre. Musique groovy, Ron au bras de sa femme et ancienne concurrente Veronica Corningstone, le départ est bon. Dix ans après, on retrouve avec joie Ron et progressivement son équipe, et surtout Brick, interprété par Steve Carell, dont l’idiotie est hilarante. Cette fois, Ron, lâché par sa femme et son employeur, est recruté par la première chaîne d’info en continue, au milieu des années 80 à New-York.

Et pourtant, au bout d’une heure de film, quelque chose me gênait.

Too much

McKay expliquait à Rolling Stones ne pas vouloir répéter le premier film, mais créer des surprises. L’écho est pourtant assumé et porte trop. Sans trop spoiler, je peux dire par exemple que Ron se bat avec un dangereux animal (encore) et que la bataille de fin, cette fois-ci bienvenue, m’a laissé un vilain goût de too much. Voir Jim Carrey et John C. Reilly se battre, parfait. Mais Marion Cotillard et Kanye West ? Sérieusement ? Fallait-il faire rentrer dans le film tous les fans de Ron ? Il a fallu un seul jour pour tourner la bataille dans le premier film. Dans ce film-là, les effets spéciaux (un Minotaure, raid aérien, un fantôme, des explosions…) viennent rompre ce qui avait fait la force du premier film, cette impression de film familiale, fait entre amis, à la maison.

Car Ron Burgundy souffre d’un mal majeur : le succès du premier film. Adam McKay et Will Ferrell voulait faire mieux, ou au moins aussi bien. On retrouve d’ailleurs la force subversive de McKay, très critique à l’égard du journalisme et de l’industrie que le contrôle depuis cette époque. Dans The Other Guys, il avait fair la même chose avec la finance, et dans The Campaign, qu’il a produit, avec la politique. Mais c’est sans compter sur la Paramount, qui voulait encore mieux, encore plus. Et pendant les deux heures du film, le comique déborde, les vannes fusent, la bobine est pleine. En 2004, de nombreuses scènes n’apparaissaient pas dans la version finale du premier film. Adam McKay les avait gardées pour réaliser un « lost movie » inédit et très drôle. Peut-être aurait-il été intéressant de faire la même chose avec ce nouveau film : un montage plus court pour proposer un autre film inédit plus tard, avec le DVD.

Le film est fini, le générique défile, le goût amère est toujours là, à peine masqué par du Mountain Dew. Je viens de voir un film drôle, parfois trop drôle. Trop.

Mais cette impression ne pourra rester la même dans les mois à venir. Mon anglais imparfait m’a fait rater un certain nombre de subtilités, de références culturelles. Peut-être ai-je été également gêné par mon enthousiasme débordant depuis plusieurs mois, et plus certainement par le spectateur assis juste devant moi. Son rire, franchement agaçant, et martelé à chaque réplique, m’a certainement empêché de me concentrer sur le film en lui-même. Il me tarde donc de le revoir vite, en juin 2014… En espérant que, d’ici là, les cinémas comprendront l’importance de projeter ces films en version originale sous-titrée, que le film fera mieux que le premier opus en 2004 (3000 entrées en tout et pour tout), et qu’au final, la comédie américaine trouvera enfin un large public en France. On peut toujours rêver.

PS : je vous laisse avec Wake Up Ron Burgundy, le fameux film « caché » sur la légende du journaliste à moustache.

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