La Seine-Saint-Denis, le vilain petit canard de l’emploi

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Étant le département le plus jeune de France, la Seine-Saint-Denis pouvait espérer beaucoup pour sa jeunesse avec l’arrivée au pouvoir de François Hollande. En effet, les « jeunes » étaient devenus la nouvelle mascotte du gouvernement quand on parlait chômage. En septembre dernier, le ministre du Travail Michel Sapin vantait même la forte diminution du chômage des moins de 25 ans grâce aux « contrats d’avenir ». La réalité est tout autre.

 Et pourtant, si les médias et une partie de la classe politique ont reconnu cette évolution, la réalité est toute autre. Il suffit de se pencher sur les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) pour voir que la tranche d’âge des moins de 25 et le « 93 » sont les plus durement touchés par le chômage, et ce depuis toujours. Le graphique qui suit illustre parfaitement le décalage générationnel en matière d’accessibilité à l’emploi.

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Premier constat, flagrant : depuis une quinzaine d’années, le chômage des moins de 25 ans est presque trois fois supérieur à celui du reste de la population active. Ils ont même subit de plein fouet la crise de 2008. En effet, l’année 2009 voit arriver un véritable boom puisque le taux de chômage touche presque 24% des jeunes. De leur côté, les plus de 25 ans voient leur taux n’augmenter que de 1,5% maximum. Il apparaît donc évident que, au vu du contexte économique de l’année 2008, les premières victimes de la crise en France ont été les jeunes. Nombreuses furent les entreprises à privilégier leurs employés expérimentés, aux dépens des nouveaux entrants dans la vie active.

Depuis, alors que les autres classes d’âges subissent un chômage croissant mais pas exponentiel, les moins de 25 ans subissent régulièrement un retour de bâton. Et si les récents chiffres montre un recul du chômage des jeunes grâce aux emplois d’avenir, l’on voit bien que la tendance générale est à la hausse, d’autant plus que le nombre d’entrées en formation en alternance, pris en compte dans les calculs, a baissé en 2012.

Le chômage acquière une nouvelle dimension quand on étudie les taux par département.

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Les inégalités territoriales sont flagrantes. Entre 1996 et lors des deux premiers semestres de 2013, un département surnage malheureusement en terme d’inemplois. La Seine-Saint-Denis, plus jeune département d’Île-de-France, voit son taux de chômage atteindre de tristes records. Un taux par ailleurs étrangement similaire à celui du chômage des jeunes. Ici, si toutes les courbes suivent des variations similaires, celle du 93 culmine à près de 14% de chômeurs en 1997 quand les Yvelines ont un taux presque deux fois inférieur (7,5%). Et depuis, à aucun moment la Seine-Saint-Denis n’a réussi à améliorer durablement ces chiffres.

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Et comme le montre l’infographie ci-dessus, la Seine-Saint-Denis est encore en tête au second trimestre 2013 : le chômage atteint même 13,2% de la population active, un record depuis le début de la crise en 2008. Le fief du président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone fait face à de nombreuses contraintes pouvant expliquer ce taux largement supérieur à la moyenne régionale, et même nationale (10,9%).

Certes, la Plaine-Saint-Denis accueille depuis peu quelques uns des fleurons de l’industrie française tel que SFR, Orange ou bientôt la SNCF.  Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela ne profite pas aux habitants du département, et ce pour plusieurs raisons. En premier lieu, des préjugés à l’égard de certains quartiers « sensibles » entraînant de nombreuses « discriminations à l’adresse ». Selon un récent sondage IFOP, 40% des chômeurs interrogés affirment avoir été victimes de discrimination à l’embauche. Et le « 93 » est sûrement le département où cette discrimination est la plus forte, et où les entreprises entretiennent ces préjugés. Conséquence directe : les emplois d’avenir, mesure phare du programme de François Hollande, sont à la peine. En septembre, seuls 30% de l’objectif de signature de contrats avaient été remplis, bien moins que dans le reste du pays.

Il faut aussi noter que le tiers des moins de 26 ans du département n’a aucun diplôme, faute de possibilité d’accès à des études supérieures. Un obstacle supplémentaire à l’emploi quand on sait que les entreprises fraîchement installées recherchent principalement des salariés diplômés, ou tout simplement à regrouper leurs employés venus d’autres sites.

 Si le département de la Seine-Saint-Denis continue donc aujourd’hui d’alimenter défiance et préjugés, la demande est bien là : une population, de plus en plus jeune et en constante augmentation, tente de se faire une place dans des entreprises qui s’y installent en nombre. Le gouvernement a beau parler « d’emplois d’avenir » ou même de Banque publique d’investissement, la défiance vis à vis du  département est malheureusement tenace. Le gouvernement mise donc sur ce tissu industriel naissant pour hisser le « 93 » au niveau de ses voisins.

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