Copé collé à Meaux

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Alors que l’UMP est toujours en crise, et qu’un nouveau scandal révélé par Le Point le met en cause, Jean-François Copé va devoir s’occuper d’un autre champ de bataille : la ville de Meaux dont il est le maire depuis plus de 15 ans. Bastien Marguerite, un jeune socialiste de 22 ans, est bien décidé à s’enraciner dans la ville comme l’avait fait Copé il y a 20 ans. Sans fleur au fusil.

1995, un jeune trentenaire fait tomber la maison socialo­-communiste de Meaux, en place depuis 1977. Après un échec à Villeneuve­-Saint-­Georges, c’est dans la Seine-­et­-Marne qu’il avait jeté son dévolu. Ce nouveau maire s’appelle Jean­-François Copé et il vient de loin. Né dans les Hauts­-de­-Seine, il avait débarqué quelques années plus tôt à Meaux pour succéder à Guy Drut comme chef de file de l’opposition. Une image de parachuté qui lui collera à la peau pendant plus de deux ans. Invité du Bondy Blog Café au mois de février, Jean­-François Copé est re­venu sur ces débuts difficiles. « Avant de devenir maire, j’ai fait du porte à porte pendant trois ans. » Le président UMP aime raconter ce qu’il appelle son « épopée » aux côtés de « petits jeunes en qui personne ne croyait. » Élu maire en 1995, il remplacera son ami Guy Drut à l’Assem­blée nationale la même année, faisant de lui le plus jeune député de l’hémicycle.

2014, l’histoire semble se répéter mais à gauche cette fois. Comme tous les samedis depuis quelques mois, sur le marché de Meaux, un jeune homme a décidé d’écour­ter sa grasse matinée. Entre l’étal d’un producteur de Passy­-en­-Valois et le volailler local, il déambule en cos­tume, distribue des tracts, serre des mains, sourit avec une étonnante assurance et la cascade d’éléments de langage d’usage. Peu le reconnaissent en­core, mais ce « gamin » de 22 ans espère lui aussi réussir l’exploit de ravir le siège du maire en place, Jean­François Copé. « Être jeune est un atout, il faut dé­poussiérer cette classe politque clientéliste et dépas­sée », explique Bastien Marguerite, encore étudiant à Science Po. Et sa détermination est incontestable : il vient d’entamer son cinquième mois de campagne. En octobre dernier, il emménageait dans la ville et com­mençait à battre le pavé avant même d’avoir été officiel­lement nommé par le parti socialiste.

Un atterrissage un peu mouvementé au sein d’une sec­tion locale agacée, ce qui n’a pas découragé le jeune so­cialiste. Le secrétaire Pierre Dupuis a même démissionné en janvier pour rejoindre la liste du Front de Gauche. « C’est une affaire interne au PS, explique Jean­-François Dirringer, co­-tête de liste PCF­-FDG, mais si l’on en croit certains socialistes, Bastien Marguerite a été bombardé ici pour restructurer la section PS sur le long terme. » Sur la page Facebook de la section locale, Pierre Dupuis, qui lui aussi ambitionnait la mairie, dénonça un « déni pitoyable et désastreux de démocratie.» Il y a 20 ans, le « bébé Chirac » Copé connaissait les mêmes péripéties. À tel point qu’il avait dû lui aussi faire face à l’op­position locale de son propre parti, le RPR, et à une primaire avec le député Pierre Quillet, qui décidera malgré tout de se présenter aux élections. Jean­François Copé ne ménagera pas son rival que beaucoup voyaient prendre la tête de la ville. À l’époque, les luttes intestines faisaient rage au sein même du RPR : Chiraquiens et Balladuriens s’étaient lancés dans une guerre fratricide, et Jean­-Fran­çois Copé gardera une rancune tenace à l’égard du camp Balladur­-Sarkozy.

« Le visiteur du vendredi soir » 

Un climat toujours tendu aujourd’hui, mais côté socia­liste cette fois. Une crise gouvernementale qui ne per­turbe pas Bastien Marguerite, lui­-même employé au ministère des Transports. « La campagne se déroule sur le terrain, je ne prête pas attention à ce qui se dit ou se passe à ce niveau­-là, je m’occupe des Meldois et en prio­rité de l’emploi », répond Marguerite avant d’ajouter : « Jean­François Copé ne s’occupe plus de sa ville. Certains l’appellent même le “visiteur du vendredi soir”. Vous avez vu ce qu’il fait de sa réserve parlementaire ? Il a donné 35 000 euros à Meaux et 60 000 à l’Union nationale inter­-universitaire (association classée à droite). Il s’en sert pour faire sa propre campagne dans le pays. » Car le député­-maire, mais aussi président de l’UMP et de la communauté d’agglomération, n’a jamais caché qu’il pensait à l’Elysée, et pas qu’en se rasant. Bastien Mar­guerite se refuse à toute esquisse d’ambition. « Je ne me projette pas du tout, ce qui m’intéresse, c’est Meaux », évacue­-t-­il. Il ne compte pas cumuler les mandats comme son adversaire et il est bien trop tôt pour voir plus loin.

«Vous êtes qui?»

Mais pour l’instant, les habitants semblent acquis au camp Copéiste. « On est à 99% derrière lui, personne ne connaît son opposant », martèle une femme au café Jeanne d’Arc. Bastien Marguerite essuiera d’ailleurs plu­sieurs « Vous êtes qui ? » ce matin­-là. « C’est normal, mais on fait beaucoup de porte à porte ! » Sur son site de campagne, un compteur annonce, fin février : 3 700 portes frappées, 2 200 portes ouvertes. De son côté, sur http://www.copemeauxpourtous (slogan évocateur), le maire joue aussi avec sa calculette et se targue de 4 850 Mel­dois rencontrés par ses « binômes ». L’INA conserve précieusement les images du chiraquien qui, en 1995, arpentait lui­-même les rues val­lonnées de Meaux.

Désormais, c’est au tour de Bastien Marguerite de déambuler autour de la place du marché. Au détour d’une de ses nombreuses discussions avec les habitants, Bastien Marguerite croisera même Ange Anziani, ancien bras­-droit de Jean­-François Copé. C’est grâce à cet an­cien entraîneur de l’équipe de football de la ville que le président de l’UMP a pu s’implanter à son arrivée et faire oublier son image de parachuté. Mais lorsque l’an­cien footeux a voulu apporter son soutien à Nicolas Sarkozy en 2007, le maire chiraquien ne l’a pas supporté, gardant en mémoire de vieilles querelles. Ange Anziani est évincé du conseil municipal et vit désormais retiré des tourments du monde politique. Face à Bastien Mar­guerite, l’ancien maire garde en mémoire ses déboires avec Jean-­François Copé dont l’ambition juvénile n’a pas disparu. Après avoir souhaité « bon courage » au jeune socialiste, il repart, baguette au bras. Meaux est déci­dément le tremplin des jeunes lions de la politique fran­çaise.

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